Gérardmer 2012 : Quelques films fantastiques et d’autres bien ordinaires

30/01/2012 - 11h57
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Gérardmer 2012 : Quelques films fantastiques et d’autres bien ordinaires© DR

Maintenant que le festival est terminé et les prix décernés, il est temps de revenir ce qui a vraiment secoué cette petite semaine et ce qui l’a plombé. Tops et flops.


Les tops

Babycall

 Le film du norvégien Pal Sletaune (Prix de la Semaine de la Critique en 1997 pour Junk mail) tire son titre de l’appareil utilisé par une mère (Noomi Rapace) pour rester en contact sonore avec son jeune fils qui dort dans la pièce d’à côté.  Plusieurs indices nous suggèrent qu’elle est en procès pour la garde de son enfant, battu par son ex-mari. D’autres indices suggèrent aussi qu’elle est un peu perturbée. Le drame psychologique se déroule dans un environnement de HLM gris et carrés, et si on veut bien considérer les visions subjectives du personnage principal comme des fantasmes, alors oui, le film peut à la rigueur être qualifié de fantastique, mais un fantastique froid et réaliste.

Tous comptes faits, Babycall reste l’un des films les plus rigoureux de la compétition, et le seul à ne pas reproduire un modèle préexistant. Il témoigne de la volonté des sélectionneurs de définir leur propre vision d’un fantastique soft et proche du réel, reléguant ses représentations plus radicales dans les sections « extrême » ou « hors compétition ».


 Underwater love

C’est probablement la plus réjouissante découverte du festival. Une aberration comme seuls les Japonais peuvent en inventer : un mélange de Pinku eiga, ou film érotique soft, mâtiné de comédie musicale et de fantastique kitsch.
  En remettant à l’eau un poisson encore vivant, une employée de poissonnerie provoque l’apparition d’un ancien camarade de classe noyé quinze ans plus tôt dans les marais et réincarné sous forme de kappa, ou un homme-tortue. L’acteur qui l’incarne a un bec en plastique, une capsule sur la tête et un couvercle dans le dos qui ressemble à une carapace de tortue.  Incidemment, son sexe énorme a la taille, la forme et la couleur d’un concombre de mer.

 Le film a été tourné en quelques jours, dans une ambiance déconnante communicative, avec des numéros musicaux surréalistes (composés par Stéréo total) qui justifient l’appellation Pink musical. Le plus amusant, c’est que la photo est signée Chris Doyle (le chef op de In the mood for love). Tant qu’à programmer une comédie, on aurait gagné à voir ce film en compétition à la place de Pastorella (voir plus bas). Mais ça n’engage que moi.


Chronicle

Hors compétition, Chronicle a enfoncé presque tous les films. C’est un premier long, réalisé avec un esprit indépendant et des moyens relativement modestes (15 millions de dollars), qui renouvelle complètement le film de super héros. Il suit trois étudiants qui, au contact d’une mystérieuse météorite, développent des pouvoirs télékinétiques surhumains. Le plus psychologiquement faible d’entre eux finit inévitablement par s’en servir à mauvais escient. L’histoire emprunte des motifs mille fois vus (de Prodigies à Akira en passant par Spiderman) , mais le scénario se les approprie pour en faire du neuf avec beaucoup d’intelligence. Pour une fois les personnages pensent, et leurs actions (bonnes ou mauvaises), sont déterminées par leur conscience et leur volonté. C’est une comédie autant qu’un film d’action et un drame moral. La principale faiblesse –le tournage en caméra subjective- soulève beaucoup de questions, sans gêner le déroulement du récit, extrêmement dynamique. Bonne surprise.


Vision stains

 Lors de sa diffusion à la séance de minuit du troisième jour le film à sketches The theatre bizarre a remporté un franc succès, couronné par l’évanouissement d’un spectateur pendant la projection de Vision stains, le segment de Karim Hussain. C’est le cinquième évanouissement provoqué par le film depuis qu’il fait la tournée des festivals (2 à New York et 2 en Allemagne, toujours des hommes).

 


 

Hell

Un survival fortement inspiré de la route de Cormac McCarthy. Dans un même contexte post apocalyptique (cette fois le soleil a tout grillé), un groupe de survivants subsiste de reliquats, jusqu’à l’inévitable rencontre avec les cannibales. Evidemment, ce n’est pas nouveau, mais le film est bien fait, et il aurait bénéficié de conditions de projections plus clémentes (erreurs à répétition, format non respecté, son mal réglé, encore un effet des manques de moyens financiers qui ont privé le festival de directeur technique).


    Les flops

Eva

Un film catalan de science fiction avec des robots, confirme une tendance de cette sélection 2012 : les films ne reproduisent que des idées déjà exploitées. Même chose ici avec un thème qui reproduit comme au pochoir celui d’A.I.

Le film est bien ficelé, mais affaibli par une intrigue sentimentale très prévisible entre l’ingénieur en robotique joué par Daniel Bruhl et son ex, alors que la fiction robotique est elle aussi  assez conventionnelle.


Beast de Christoffer Boe

Le film danois arrivait précédé d’au moins deux a priori favorables.

1) l’affiche prometteuse topless avec serpent symbolique sanglant et tout.

2) le résumé intrigant, avec une histoire d’amour fou qui transforme les personnages de l’intérieur. Le début est conforme aux promesses, des images oniriques arty suggérant des mélanges de liquides, mais hélas, le film tombe rapidement dans la loghorrée rageuse à partir du moment où  le personnage masculin semble vivre très mal sa passion amoureuse.

Les idées visuelles sont rares mais fortes (une scène de douche illustre littéralement l’expression « se faire un sang d’encre », même si la dite expression ne doit pas exister en danois), et l’idée d’inverser les rôles (l’homme veut se faire pénétrer par sa femme) est frustrante parce qu’inaboutie. Quelques plans subliminaux suggèrent que l’homme est enceint de sa propre passion pour sa femme et qu’il est en train de mettre au monde une créature. Entretemps, il est devenu fou et s’est acheté un couteau de boucher, ce qui le prédispose à réinterpréter le syndrome Sid Vicious. Malheureusement, rien n’est réellement développé, et le film se termine sur une image ambiguë. On sort en imaginant ce que ces mêmes idées auraient donné si elles avaient été développées par quelqu’un comme Cronenberg, mais là, c’est juste confus et vaguement prétentieux.


Pastorella

Une comédie mexicaine sur une compétition, représentation de la passion dans une paroisse de la banlieue de Mexico. Les thèmes catholiques et le ton satirique font vaguement penser au Jour de la bête d’Alex de la Iglesia (Grand prix à Gerardmer en 1996), mais c’est à peu près la seule ombre de relation qui justifie la présence ce film franchement navrant dans un festival de cinéma fantastique. Quant à sa présence en compétition, c’est un mystère total. La projection était précédée d’un hommage sympathique et émouvant à Ron Perlman par Jean-Jacques Annaud et Jean-Pierre Jeunet. La séance a été suivie d’un dîner sponsorisé par Syfy aux bas-rupts (prononcer baru), un hôtel –restaurant fameux dans toute la région, et à juste titre, pour sa table.


The Cat

Persistance de la tendance copycat avec, justement, The cat, un film coréen qui reproduit les motifs de Dark water. Cette fois, c’est un chat qui transmet l’esprit d’une petite fille morte et hante la vie de quelques Coréens jusqu’à ce que le préjudice soit réparé. Déjà vu mille fois, aussitôt oublié.


The moth diairies

Bien qu’adapté d’un roman, ce qui lui donne une certaine tenue, The moth diairies de Mary Harron (J’ai tué Andy Warhol) est un drame lesbien désuet et anodin qui vise le public de Twilight, mais a peu de chances de l’atteindre.

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COMMENTAIRES
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Pas du tout d'accord avec cette critique d'Eva. Ce film, pour moi, a apporté de la fraicheur au festival. Enfin une autre vision du fantastique que celle des monstres assoiffés de sang ! Pour The Cat, je suis entièrement d'accord. Du vu et revu, aucune surprise, aucun interêt à part d'aller voir des mignons ptits chats sur grand écran.
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Anonyme | le 03/02/2012 à 02h11 | Signaler un abus
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