REVIEW - Euphorisant, hybride et explosif : la révolution Tintin ?

14/10/2011 - 18h07
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On a enfin vu Les Aventures de Tintin : Le secret de la licorne ; un film d'aventure hybride tiraillé entre Jackson, Spielberg et Hergé. Passionnant !

Lorsque Steven Spielberg a annoncé qu’il s’associait avec Peter Jackson pour adapter Tintin en images de synthèse, on s’est tous dit qu’enfin, ce projet aussi vieux que la BD elle-même allait devenir réalité. Alors, quel est le verdict, à l’issue de la première projection parisienne ? Dès la première séquence, on est tenté de dire oui : avec Jamie Bell, dont les mouvements ont été enregistrés en performance capture, Tintin vit et bouge sans trahir son modèle de papier.

Milou est très bien aussi, les Dupondt un peu moins, et l’exposition entre très vite dans le vif du sujet. Un marché aux puces est l’occasion de rendre un hommage à la BD en citant les principaux personnages des albums dont s’inspire le film (Le secret de la licorne, Le trésor de Rackham le rouge et Le crabe aux pinces d’or), jusqu’à Hergé qui apparaît comme un dessinateur de rues. La multiplication des miroirs invite avec insistance à regarder dans le passé et faire le lien avec les héritages respectifs des trois auteurs. Parce que Tintin a beau être signé Spielberg, c’est véritablement un film hybride, une somme, la fusion de trois univers très proches qui ne demandaient qu’à être unis.


Hergé accueille Peter Jackson (celui de King Kong, qui se retrouve dans toute la première partie avec la marine « moderne »), tandis que Spielberg se délecte à recycler tous les motifs de son cinéma d’aventures exotiques, Indiana Jones en tête. Mais il en profite aussi pour réussir ici ce qu’il avait raté avec Hook. Il se permet même de retrouver quelques éclairs déconnants de sa période 1941. Et on a du mal à ne pas voir dans deux les personnages principaux des représentations des deux cinéastes : volontairement ou non, Haddock ressemble à Peter Jackson, et Sakharine (son ennemi) à Steven Spielberg.


L’hybridation se retrouve dans tous les domaines. Elle est nécessaire pour toucher la grande variété des publics visés, qui se distinguent selon qu’ils connaissent ou non la BD, parlent ou non l’Anglais. En V0, le film est clairement destiné à un public anglophone, et les Français risquent d’être surpris (il sera intéressant de vérifier comment Tintin sonne en VF). Les familiers de la BD avancent en terrain connu : l’adaptation est assez fidèle à la source. Les Anglais d’Angleterre (où Tintin est assez populaire) risquent paradoxalement de se sentir le plus at home, en grande partie parce que les personnages sont interprétés par Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig, Simon Pegg et Nick Frost. Les Américains découvriront un héros inédit (Tintin est nouveau en Amérique), mais l’univers proche de King Kong et d’Indiana Jones leur est très familier. Visuellement, le film débute dans une ville européenne (possiblement belge), avant d’évoluer dans un environnement spatio-temporel typique de ce genre de films d’aventures (un combat naval en pleine mer, poursuites dans la casbah et le désert marocains, sans oublier quelques péripéties aériennes).


Sans trop dévoiler ce qui se passe, Steven Spielberg profite à mort des possibilités de l’image de synthèse pour représenter des choses impossibles en prises de vues réelles. Parfois ça marche terriblement bien (l’arme secrète), parfois, un peu moins. Lorsque Tintin (dans une scène-réplique de la descente en wagons du Temple maudit) grimpe aux murs avec sa moto et se suspend aux fils électriques pour poursuivre un faucon, on a du mal à suivre. La chute du gorille géant et des dinosaures dans King Kong fonctionnait, parce qu’il y avait un sens de la gravité qui ancrait la scène, assurant aux personnages une dimension, un poids, et finalement une réalité. Dans Tintin (comme ailleurs), cette réalité est remise en question dès que les personnages s’affranchissent des lois de la pesanteur. Le vieil axiome de la « suspension of disbelief » en prend un coup. Question d’équilibre. Mais on ne va pas reprocher à Spielberg d’avoir voulu pousser le bouchon. Le résultat est quand même euphorisant, un concentré d’aventure venue de Belgique, d’Amérique, et de Nouvelle Zélande. Ici, on attend la suite.

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COMMENTAIRES
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…Mais je t'aime quand même GG ! Mais Spielberg est influencé par les jeux vidéo. Du moins la mise en scène de certain jeux vidéo, tel que "Unchated", un jeu d'aventure où les séquences de "cliffanger" improbables (suspense suspendu) sont à couper le souffle. Voilà aussi comment analyser les films, l'influence des nouveaux jeux vidéo et leur mise en scène dépassant toute les contraintes physiques.
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Leganew | le 17/10/2011 à 14h38 | Signaler un abus
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Je ne suis pas trop d'accord sur ce qu'il est écrit, mais bon, les journalistes ne peuvent pas s'empêcher de critiquer à coup de "suspension d'incrédulité" et des petites leçons de cinéma données aux meilleurs réalisateurs existant au monde... C'est un chef-d'œuvre. c'est tout.
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Leganew | le 17/10/2011 à 14h21 | Signaler un abus
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